Newsletter #31 - 2026, l’année du choix : comprendre un monde instable sans boule de cristal

Tous les mois, le mouvement Les Voies revient sur les événements qui font l’actualité à travers le continent européen.

Les Voies
5 min ⋅ 14/01/2026

L’édito d’Amandine

Chères lectrices, chers lecteurs,

Chaque mois de janvier nous rappelle que nous avons le pouvoir de choisir ce que nous faisons du temps qui s’ouvre devant nous. Ce pouvoir tient dans des gestes modestes : comprendre le monde dans lequel nous vivons (en tout cas essayer) et penser avant de réagir. C’est dans cet espace-là que le mouvement Les Voies s’inscrit.

Nous essayons de vous éclairer sur ce à quoi l’avenir pourrait ressembler. À mettre en circulation des idées qui pourraient tenir et à toujours rappeler que la politique peut encore être un art de la nuance et de l'espérance.

Beaucoup de Français ont le sentiment d’être spectateurs de décisions qui leur échappent, que le cours des choses est irréversible et que le jeu se joue ailleurs. Mais l’Histoire n’est jamais écrite d’avance. Elle s’est inlassablement façonnée dans la durée grâce à des sociétés qui n’ont pas renoncé à ce qu’elles sont (l’exemple iranien en est une très belle illustration).

Vous savez, une démocratie ne tient pas seulement par ses institutions, mais aussi par la qualité de l’attention que ses citoyens portent au monde.

Amandine Rogeon

2026, année du plus fort

Europe, menacée sur tous les fronts : le coup de force américain de cette rentrée ayant mené au bombardement de la capitale du Venezuela et à l’enlèvement du dictateur Nicolas Maduro par les forces états-uniennes nous renvoie à une réalité glaçante : Donald Trump applique son programme, quoi qu’en dise le droit international. Et il a prévu de s’occuper du cas de Cuba, de la Colombie et surtout du Groenland dans les prochaines semaines. A la menace russe sur le front Est, s’ajouterait alors un nouveau front, au sens figuré mais, peut-être également littéral, à l’Ouest. Ajoutez à cela la guerre hybride actuellement en cours, les immixtion russes, américaines et chinoises dans nos élections ainsi qu’une guerre commerciale sans merci - et vous avez le mélange parfait pour un début d’année réussi.

Si l’on peut en effet se réjouir très légitimement du dépôt d’un dictateur, le message envoyé par les Etats-Unis est clair : l’annexion, directe ou indirecte d’un territoire est désormais autorisée - légitimant ainsi le discours russe en Ukraine ainsi que l’invasion en cours, et pourquoi pas aussi de probables futures manoeuvres chinoises à Taïwan.

Enterré alors l’équilibre mondial déjà très fragile reposant sur le droit international public, et le principe de non-agression. Fragilisés, et sans doute mourant les principes du droit des conflits armés interdisant l’usage de la torture, ou encore de viser des civiles. Dès le début 2026, nous avons désormais la certitude que les règles ne suffisent plus, et que nous sommes collectivement entrés dans l’engrenage mortifère de la loi du plus fort (si les plus optimistes en doutaient encore).

Alors, quelle attitude les européens doivent-ils adopter ? La question paraît sans fin. Sacrifier la nuance et la tempérance comme boussole, au risque d’y perdre nos valeurs européennes, ou au contraire rester dans l’apathie délétère qui nous caractérise depuis plusieurs mois, et contribue à renforcer nos dépendances aux Etats-Unis ?

La réponse se situe sans doute quelque part au milieu. L’extension du parapluie nucléaire français, réellement indépendant, à l’ensemble de l’Union permettrait de renforcer nos capacités dissuasives collectives, tout en envoyant un signal fort. Poursuivre un travail de fond de renforcement de nos capacités de défense européenne, réinvestir dans la compétitivité et protéger le marché unique des actions abusives d’autres Etats - en bref, appliquer enfin les préconisations de Mario Draghi semble être une évidence urgente.

Cependant, il convient de maintenir des limites claires. Afin de maintenir la spécificité de l’Europe, cette petite révolution ne saurait se faire au détriment des droits sociaux, y compris de la protection de l’environnement, et encore moins en nouant des alliances opportunistes et mortifères avec l’extrême droite, tel que nous le voyons à la fois en France, mais également au Parlement européen.

Il s’agit certes d’une ligne de crête, mais elle est vitale : renforcer notre puissance militaire et économique, sans sacrifier nos principes collectifs, l’état de droit et l’état social - voilà les vœux que nous formulons pour 2026.

Les élections que nous surveillerons cette année

Comme toujours, voici un petit calendrier des élections qui peuvent changer le cours des choses - en remodelant notamment les équilibres entre les Etats-Membres de l’Union européenne, et donc, notre capacité d’action collective.

Le Portugal ouvrira la danse dans quelques jours, avec le premier tour de ses élections présidentielles qui se tiendra le 18 janvier. Les enjeux sont de taille : lors des élections législatives anticipées de 2025, l’extrême droite avait effectué une percée record en se positionnant comme premier parti d’opposition. Les sondages des présidentielles prévoient, ici aussi, que l’extrême droite pourrait arriver au second tour des élections - une situation qui serait inédite pour le pays. Si le rôle de Président de la République est plutôt symbolique au Portugal, cette élection enverra cependant un signal clair sur la recomposition de l’électorat du pays.

Les hongrois se rendront également aux urnes le 12 avril prochain, afin de participer aux élections législatives qui opposeront Viktor Orbán à son ancien poulain Péter Magyar - qui avait réussi l’exploit de réunir 30% des voix lors des élections européennes de 2022, un record pour un parti d’opposition. Autre fait marquant, certains partis d’opposition à Orbán tels que Momentum Mozgalom (parti centriste) ont fait part de leur intention de ne pas présenter de candidat aux législatives, afin d’éviter tout phénomène de dispersion et favoriser l’émergence d’une alternative politique à Orbán.

Passage obligé outre-Atlantique : nous ne pouvions achever ce tour d’horizon sans évoquer les mid-terms, ces élections fondamentales aux Etats-Unis qui verront le renouvellement de l’intégralité de la Chambre des Représentants et d’un tiers du Sénat - ces deux chambres étant, à date, sous majorité républicaine. Aussi, le 4 novembre prochain, les Etats-Unis ont ce qui ressemble à une dernière chance de corriger le tir de 2024, au prix sans doute d’une réorganisation complète de l’appareil du parti démocrate. La récente élection du socialiste apparenté démocrate Zohran Mamdani à la mairie de New York, face à un démocrate établi de longue date, le prouve : les électeurs ont besoin d’une rupture claire avec le « système d’avant ». Ils sont sensibles à des propositions claires sur le pouvoir d’achat, le logement, le travail - des thématiques au cœur du récit trumpiste, et objectivement mal adressées par le camp démocrate ces dernières années.

Partout ailleurs en Europe. La Slovénie, de son côté, doit renouveler son Parlement à la fin du mois de mars, de même que la Lettonie, qui se prêtera à l’exercice au mois d’octobre. Le Sénat Tchèque fera l’objet d’un renouvellement partiel au mois d’octobre, et le Danemark clôturera notre tour d’horizon également en octobre avec ses élections législatives.

Enfin, nous vous signalons à toutes fins utiles que la Russie doit renouveler l’ensemble de ses parlements régionaux ainsi que le parlement national en septembre de cette année - nous ne nous attendons néanmoins pas à un séisme politique de ce côté là.

France : le rendez-vous des municipales

La France n’échappera pas non plus à son passage obligé aux urnes - a minima pour les élections municipales de mars 2026 et, qui sait, à l’occasion de législatives anticipées.

Véritables baromètre du pays, les municipales ne sont pas des élections comme les autres. En effet, elles ont tendance à se distinguer des logiques de partis dans la plupart des communes, où les listes présentées sont soit agnostiques politiquement sur le papier, soit regroupent les soutiens de plusieurs partis pour devenir des listes « de droite » ou « de gauche ». Ces élections seront par ailleurs marquées par la première introduction de l’obligation de parité dans les listes de candidats pour l’ensemble des communes, quelle qu’en soit la taille, prévue par une loi de mai 2025.

Toute tendance de fond ayant émergée lors des élections municipales se concrétisera notamment en septembre, à l’occasion du renouvellement partiel des membres du Sénat - élections durant lesquelles les sénateurs sont élus par les élus locaux, reflétant donc de manière fine les réalités territoriales. Selon plusieurs pronostics, une des conséquences directes des élections municipales pourrait donc être la formation d’un groupe Rassemblement National au Sénat - une première sous la cinquième République.

Vous avez jusqu’au 6 février 2026 pour vous inscrire sur les listes électorales de votre commune. La démarche peut être effectuée en ligne en suivant ce lien.

Ce mois-ci, les membres des Voies se réunissent en Assemblée Générale

Notre Assemblée Générale aura lieu le 22 janvier prochain, à Paris. Aussi, si vous aviez prévu dans vos bonnes résolutions de l’année d’adhérer au Mouvement, il est encore temps de le faire pour avoir un impact direct sur nos actions à venir en 2026 ! Contactez nous ou adhérez directement ici.

Nous reviendrons vers vous pour vous préciser l’heure et le lieu de notre réunion, qui débouchera sur une soirée festive.

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